| L’éthique du coach : pourquoi en parler ? |
||
| On
n’enseigne pas ce que l’on sait. |
||
|
Jean Jaurès. |
||
| L’évolution ou la croissance du coaché dépend très fortement de la qualité intrinsèque du coach. Evidence me direz-vous, cependant, nombreux sont ceux qui posent le principe d’une charte éthique et qui ne parviennent pas à se l’appliquer à eux-mêmes. |
||
| A quoi sert l’éthique pour un coaché, ou une personne en quête de coach ? | ||
| A préserver
son intégrité, à être sûr que le travail
qui lui sera proposé lui apportera un niveau supérieur d’autonomie
et non pas une nouvelle forme de dépendance. En effet, désirer
se faire coaché, c’est souhaiter changer, soit superficiellement
vis-à-vis d’un comportement que l’on trouve inapproprié
ou pour approfondir une prise de décision soit alors changer plus
en profondeur. Indiscutablement, à la suite d’un coaching,
la personne sera différente, car le travail proposé aura permis
des prises de conscience, l’ouverture sur une boîte à
outils d’auto-transformation qui ne seront pas neutres puisqu’ils
auront des effets. Alors qui transmet quoi ? |
||
| Le
coach souhaite-t-il apporter son expertise au service de l’évolution
de son client ou recherche-t-il au travers de sa prestation à obtenir
reconnaissance et dépendance ? |
||
| Garantir l’autonomie
du client, c’est bien entendu être au clair avec le fait que
l’on ne cherche pas à faire durer le temps du coaching au-delà
de ce qui est nécessaire. Pour ce faire, il devient alors fondamental
que le coach ne dépende pas totalement de ses clients pour vivre,
sans quoi leur venue équivaut à un certain nombre d’Euros.
Il a alors tout intérêt à ce qu’ils restent le
plus longtemps possible. Alors consciemment ou non, ceci aura une incidence,
parfois sournoise, sur l’efficacité de l’accompagnement
apporté. Bien entendu, ceci ressemble à des poncifs et vous pouvez croire que j’enfonce des portes ouvertes, pourtant, combien d’entre nous –coachs- devons-nous vérifier régulièrement que nous avons les bonnes motivations pour exercer ce métier. Se poser régulièrement la question de nos motivations, du désir d’être coach et vérifier alors qu’avec le temps les raisons n’ont pas dévié est une garantie de qualité pour le coaché. Et bien évidemment ce type de démarche ne peut pas se faire tout seul, car nous courrons le risque de l’aveuglement et du manque d’objectivité. D’où l’une des règles de base de tout coach c’est d’avoir un « lieu » de supervision, c’est-à-dire à la fois un espace physique autre que son propre lieu professionnel et la possibilité de s’adresser à un autre coach qui pourra l’aider à examiner ce type de questions et à lui fournir l’effet miroir nécessaire pour une juste remise en cause. |
||
| Nous
venons de regarder la question « dépendance » du client,
à présent regardons le besoin de reconnaissance du coach.
Il existe des étapes très délicates pour le coach
et selon comment il les gère, il apportera plus ou moins d’efficacité
à ses clients. Ainsi tout être humain a besoin de reconnaissance, c’est une affaire entendue, dire le contraire ce serait se mentir à soi-même. Pour autant ce besoin, initial d’amour, transformé par la suite en reconnaissance, consiste pour un coach à ne plus être « prisonnier » des « demandes de dépendances affectives » qu’il peut être amené à formuler, la plupart du temps implicitement, et parfois même explicitement. Le coach a pour devoir, et je pèse mes mots, de toujours remettre l’ouvrage de son ego sur le métier à tisser afin de le retravailler comme les boulangers font de leur pâte à pain. Si notre ego est cette instance psychique qui constitue, en quelque sorte notre colonne vertébrale psychologique, et nous permet d’avoir envie d’entreprendre, de créer et d’agir, l’autre versant est d’obtenir, parfois à tous prix, la reconnaissance de l’environnement. Dit autrement, le coach doit être vigilant à son narcissisme afin de ne pas envahir la sphère de son client avec ses besoins de reconnaissance. S’il n’est pas vigilant, il va alors accroître la dépendance affective de ce dernier et lui empêcher par là même de se développer correctement. La mission du coach est d’être, autant que faire se peut pertinent et discret, efficace et maïeuticien. C’est comme un pas de deux, le coach doit se tenir aux côté de son client afin de lui permettre d’avancer à son rythme vers sa transformation, en ayant en tête un ou plusieurs coups d’avance tout en respectant le temps nécessaire d’évolution de la personne. Un excès de narcissisme parasite l’écoute, fait advenir des conseils là où il aurait fallu une oreille attentive. Donc plus le coach est au clair avec ce qu’il est, ses défauts, ses forces et ses faiblesses, plus il travaille psychologiquement sur lui-même afin de débroussailler ses propres problématiques et plus il permettra à ses clients de croître et de devenir ce qu’ils doivent être. |
||
| L’éthique
se traduit alors par le code déontologique de pratique du coach.
Cependant quelque soit ses affiliations et ses « lettres d’accréditation
», l’essentiel, à mes yeux en tous cas, est d’apprécier
son besoin de satisfaire ou non son narcissisme, au travers du travail
qu’il va vous proposer. D’ailleurs, pour la petite histoire,
je me souviens avoir posé cette question à un ami psychanalyste,
professeur d’université et ancien doyen d’HEC. Il réalise
un groupe de travail d’une très grande qualité tout
en restant très accessible et proposant gratuitement ces débats.
Je lui ai demandé comment il satisfaisait son besoin narcissique.
Il m’a répondu : « je m’y retrouve car j’adore
transmettre et je vois que les participants sont heureux d’apprendre
avec moi. Leur satisfaction me nourrit. » |
||
| Si vous rencontrez un coach posé, assez humble, tout en étant efficace, capable de refuser de vous accueillir car il ne pense pas qu’il est la bonne personne dans le cas que vous lui présentez et n’ayant pas peur de vous perdre en prenant des risques afin de vous faire progresser, peut-être est-ce une personne avec laquelle vous pourrez travailler en assez bonne sécurité. En tous cas rien ne vous empêche de lui poser la question de son rapport à son narcissisme et vous verrez bien comment il vous répond ! |
||
| Christine Marsan |