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Du SMS à l’alphabet sémite |
Nombreux sont ceux qui condamnent l’usage des
SMS. Car ceux-ci conduisent leurs utilisateurs et principalement les
jeunes à écrire des messages excessivement courts, compte-tenu
des capacités de mémoire des téléphones
et du besoin d’échanger rapidement. Et ceci a plusieurs
conséquences. L’une est la qualité de la langue
utilisée et l’autre la pauvreté des nuances apportées
du fait de la concentration du message en quelques lettres.
Je voudrais pointer deux choses différentes. |
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D’une part le risque d’appauvrissement
de la langue utilisée peut conduire des jeunes qui ne sont pas
encore totalement formés, notamment à la maîtrise
de leur langue, à réduire leur capacité d’accès
au symbolique.
Et nous savons que les mots préviennent de la violence. |
Ainsi l’usage du langage
est sans cesse réduit. L’école pour des raisons démagogiques
de faire accéder tout le monde à l’instruction a fait
le choix d’abandonner quasiment l’enseignement de l’orthographe.
Evidemment, qu’il est essentiel de faire accéder tous les
enfants à la connaissance et à la culture, mais certainement
pas en tirant la qualité de notre enseignement vers le bas. Car
quel avenir réservons-nous alors à ces jeunes ? |
Certes les entreprises ne sont
pas le lieu de l'érudition et les fautes d’orthographe sont
de plus en plus tolérées, toutefois, plus on monte dans
des postes à responsabilité et plus la part de l’écrit
est importante et l’orthographe redevient tout d’un coup un
élément déterminant de sélection, implicite
alors. |
Alors démagogie ou réelle
éducation ? |
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Par ailleurs, comment apprendre correctement une
langue étrangère si l’on ne maîtrise pas la
sienne ? Car toutes les autres langues n’ont pas forcément
fait ce même choix laxiste. Ainsi, l’élève
va faire face à une rigueur grammaticale, lexicale et orthographique
dans les autres langues sans avoir les bases équivalentes dans
sa langue maternelle, d’où une nouvelle difficulté
qui le rend alors plus en butte à l’apprentissage des langues.
Et pourtant tout le monde sait que l’avenir professionnel passe par la maîtrise des autres langues, au minimum une et par forcément l’anglais. L’usage des téléphones portables étant international, on peut aisément supposer que les effets de réductionnisme d’usage de la langue liés au SMS seront vécus dans les autres langues également. |
| Aujourd’hui avec
les SMS, l’écriture se réduit à la part phonétique.
Le danger est alors d’avoir une partie de la population des jeunes,
ceux qui n’ont pas chez eux une contrepartie culturelle apportée
par les parents, d’avoir un vocabulaire trop restreint pour exprimer
tout ce qu’ils ont à dire. Alors ne pouvant plus symboliser,
la voie vers la violence est inévitable. Le passage à l’acte
devient la réponse privilégiée face à l’impossibilité
à ne pas pouvoir exprimer en détail son ressenti ou sa pensée.
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Nous incitons le lecteur
à creuser ce thème auprès d’auteurs qui ont
travaillé sur la question, notamment grâce au dernier colloque
« les grammaires de la liberté » ayant pour objectif
de considérer les différentes politiques d’utilisation
des langues en Europe (bibliothèque François Mitterrand.
Avril 2005). Référence récente : Luc Ferry. L’avenir
des langues. Repenser les Humanités, aux éditions du Cerf.
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L’autre point
sur lequel je voudrais attirer l’attention, c’est sur le fait
qu’écrire en condensant les mots et en les ramenant à
l’expression la plus essentielle, la plus basique conduit souvent
aux consonnes. Et l’on obtient alors de messages où les voyelles
disparaissent de plus en plus. Toutefois nos langues occidentales comportent
consonnes et voyelles. C’est alors que l’on ne peut pas manquer de voir une similitude avec l’alphabet sémite, qu’il soit indifféremment arabe ou hébreu. Alphabet qui s’écrit principalement à l’aide de consonnes. Les voyelles sont rajoutées, un peu à la manière d’une ponctuation. |
Ainsi, si cet appauvrissement
de la langue française nous fait perdre toutes les nuances caractérisant
de notre langue, il semble que cela nous rapproche alors de l’écriture
sémite. Et si c’est le cas, alors il peut être intéressant
d’anticiper les conséquences que cela pourrait avoir, notamment
le lien entre alphabet, langue et culture. Bien entendu, ceux qui auraient envie de moraliser pourraient faire des déductions entre l’incidence d’une culture qui passe par l’utilisation de sa langue et donc de ses formes de pensée et de ses croyances et idéologies. Toutefois, si cette possibilité n’est pas à exclure, je crois qu’il est dangereux pour notre société plurielle de sombrer dans des dérapages moralistes. |
Pour autant, nous pouvons rester vigilants
et noter que cette évolution n’a pas échappé
à l’une des grandes marques de vêtements de sport Reebok
qui aujourd’hui fait évoluer son logo en écrivant Rbk
! Et le lien entre ce changement d’écriture de son logo et
sa cible ne peut que nous laisser supposer que l’incidence symbolique
n’est pas neutre. Reebok répond à des nécessités
de business et cherche à se rapprocher de son marché en lui
ressemblant et en permettant à ses clients de s’identifier
à elle.
Toutefois, en tant qu’observateur de notre société, nous ne pouvons pas constater une telle évolution et ne rien faire. |
Ainsi afin de prévenir des conséquences
symboliques d’une telle évolution nous pourrions envisager
de renourrir l’imaginaire des personnes concernées par l’usage
restreint de ces consonnes, en donnant un nouvel accès au symbolique.
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Des correspondances symboliques entre les
lettres et les concepts qu’elles évoquent pourraient s’envisager.
Ce qui pourrait être réalisé par l’intermédiaire
des musiciens qui utiliseraient leurs compositions pour faire passer des
messages ayant pour objectif d’élargir le champ symbolique
principalement des jeunes. De cette manière il serait possible d’épouser
l’air du temps tout en restituant la pleine densité de notre
spécificité humaine qui est la culture. |
| CM. 21 avril 2005 |