Le nomadisme intellectuel et culturel.
Il est intéressant de noter comment les invariants d’hier se déplacent dans de nouveaux espaces, de nouveaux territoires.
De quoi s’agit-il ?
Le monde politique s’est longtemps désolé de la désaffection de la population pour le politique et notamment des jeunes mais aussi des moins jeunes. Car en fait, contrairement aux idées reçues, le phénomène semble avoir touché, largement, plusieurs générations et pas uniquement, les 18-25 ans traditionnellement cibles de nombre de maux de notre société.
Toujours est-il qu’exception faite du 29 mai 2005, jusqu’ici la mobilisation pour la politique est difficile. Une des raisons majeures étant l’attitude carriériste de nombreux politiques qui font davantage profession d’une politique politicienne que d’engagement réel pour la cause publique. La réponse du peuple, qui ne se reconnaît plus alors dans des décisions dont il est quasiment exclu, est alors une désaffection.
On pourrait alors penser que l’élan politique est mort ?
En fait, non. Il s’est déplacé.
Ce sont les champs associatifs, les groupes privés d’amis et le show-business qui en sont aujourd’hui porteurs. Nous trouvons ainsi de grandes causes nationales ou particulières portées par de nombreuses stars, créant des concerts dont les bénéfices vont à tel ou tel organisme. Des initiatives de toutes sortes où les stars mettent au service d’une cause leur célébrité.
Ce déplacement de territoire de là où se pense, s’exerce et se concrétise la politique pose évidemment question aux politiques. Ceux-ci peuvent voir d’un mauvais œil cette désaffection de leurs adhérents des partis politiques ou des meeting.
Toutefois, ce déplacement illustre la volonté de trouver une nouvelle vitalité qui redonne du sens à l’action.
La politique n’est pas morte, loin s’en faut. Elle s’exprime ailleurs et autrement. C’est cela qui fait alors sens ou « symptôme » selon là où l’on se place.
Un autre déplacement concerne la culture. Nombreux sont ceux qui n’ont plus envie de prendre de lourds manuels pour apprendre tel ou tel sujet, pourtant l’engouement du Code Da Vinci pose question. Il existe certes de nombreuses raisons à cela et notamment le fait que le thème du livre rencontre l’air du temps (attirance pour le mystère, retour en force du magique, superstition, engouement pour ce qui semble caché et interdit, besoin de rébellion contre une institution, etc). Toutefois, il est aussi intéressant d’y voir une véritable chasse à l’information, au savoir et à la connaissance.
Car face aux détracteurs de l’ouvrage qui reprochent à un romancier de ne pas avoir la véracité d’un historien, ils légitiment dans leurs critiques la raison même de ce déplacement.
Chacun veut savoir si ce qui est écrit est vrai. Pourtant, le mention préliminaire de « roman » devrait éviter ce type de questionnement. On n’attend pas d’un roman qu’il enseigne des vérités historiques. Eh bien si !
Pourquoi ?
Parce que c’est le nouvel espace qui permet l’accès à la culture. D’ailleurs le succès de Bernard Werber repose aussi sur cette articulation finement pensée entre information véridique et vérifiée et roman. Werber, quant à lui, décide de couper son récit romanesque d’encarts culturels. De ce fait, il prête moins le flan à la vindicte.
Ces déplacements politique ou culturel pourraient s’expliquer par le besoin d’une partie du corps social d’exprimer une sorte de rébellion face aux contraintes de la société et notamment à sa volonté d’aseptiser tout ce qui correspond au vieillissement, à la mort, au mal ou à la violence. Face à cette négation manifeste d’une partie humaine, certains réagissent en cherchant à retourner vers des valeurs et des pratiques qui ramènent une part plus humaine et complète à l’homme. Ceci pouvant alors se qualifier de rébellion, pour ceux qui détiennent la norme, à savoir l’Etat, les institutions nationales, etc.
La particularité de cette rébellion c’est qu’elle semble ne plus prendre les aspects révolutionnaires typiques de notre société française mais plutôt arborer l’aspect ludique de l’école buissonnière.
Tels les enfants en proie avec une volonté irrépressible de liberté et en pseudo rupture avec l’école, faisaient à l’époque l’école buissonnière pour retrouver dans la nature, amusement, espace de liberté pour exercer leur vitalité et leur trop plein d’énergie.
Ces déplacements me font alors penser à cette promenade ludique à l’échelle de la société, dont le moteur serait la rébellion face à un modèle qui n’apporte plus les réponses attendues. Cette errance bucolique ferait sens et le moyen serait l’amusement, la réapprprioation du ludique comme expression première de la vitalité juvénile. Il s’agit de puiser essentiellement dans son essence première pour se recomposer une nouvelle jeunesse.
CM. 20 juin 2005.

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