Les signes de l’espoir

En plein marasme, parmi les turbulences des banlieues enflammées, voici que des signes se multiplient pour nous montrer l’espoir d’une société qui se réveille…. Enfin !
C’est toujours le même adage, sur quoi laisse-t-on son regard s’arrêter ? Sur le verre à moitié-dive ou à moitié plein ?
Ce petit article vise à mettre l’accent sur le vide qui se remplit.
Tandis que beaucoup de choses ont tendance à se radicaliser ou à devenir d’importantes menaces, telles que l’évolution de la fonte de glaces, la fréquence des ouragans et autres catastrophes climatiques qui rappellent à l’homme la précarité de sa présence sur terre et aussi l’imminence de réagir pour respecter notre planète terre. Ou encore sur le terrain de la société, ces flambées de violences illustre le désarroi et le malaise d’une société qui se cherche et qui crie son besoin de sens.
Dans le même temps des évènements surviennent qui marquent un tournant dans notre manière de penser.
Ainsi tout d’abord Joyeux Noël le film de Christian Carion ose porter sur les écrans un film qui retrace les fraternisations de la guerre de 1914-18. Ce Noël de 1914 voit sur les tranchées fraterniser allemands, écossais et français. Ce qui a l’époque avait été étouffé et surtout réprimé comme un acte frisant la cour martiale, qualifié de pacte avec l’ennemi. Le temps a passé, deux guerres mondiales et un certain nombre d’autres qui ont fait bouger les mentalités à grands coups de barbaries et de génocides.
Il nous faut parfois le pire pour parvenir à nous réveiller et peut-être prendre alors collectivement conscience de la paix.
Le film de Christian Carion vient alors marquer aux abords d’un hiver rigoureux de 1914 relayé par les premières neiges de 2005 la conscience humaniste, l’espoir d’une société qui se construit peu à peur sur de nouvelles bases, sur de nouvelles valeurs. Un tel changement en moins de cent ans est un évènement suffisamment visible pour être remarqué. En effet, au rythme accéléré des technologies qui repoussent les frontières de notre cognition et surtout de nos capacités d’adaptation au changement, voici qu’en matière d’humanisme nous mettons à évoluer aussi avec une certaine rapidité. Et ceci collectivement.
L’espoir est réel, il ne s’agit pas d’utopie. Plus d’un million 200 000 personnes sont allées voir le film et ceci en 4 semaines. Voici une semence qui fera des petits.
La première Université de la Terre à l’Unesco le 19 novembre 2005. Bien que fort peu relayée par les télévisions, il est tout à fait intéressant de noter cette belle initiative humaniste organisée conjointement par un organisme Nature & Découverte et le groupe de presse Enjeux les Echos et ceci à l’Unesco. On pourrait croire qu’il s’agit d’une manifestation écolo de plus et ne pas se sentir concerné selon ses croyances et sa vision du monde. Cependant ce qui est remarquable c’est l’effort de convergence. Enfin, les hommes et les femmes de bonne volonté s’allient pour concevoir et modéliser un futur ensemble. Et ça se sait et ça se voit. Car d’autres initiatives avaient eut lieu depuis plus d’un siècle, mais c’était l’œuvre de quelques intellectuels ou artistes entre eux. Et c’est bien cette différence qui annonce un changement radical de société . Les citoyens prennent à bras le corps les causes politiques, économiques et sociales.
Pour en revenir à cette première Université de la Terre, ce qui était aussi remarquable, c’est qu’un patron d’industrie alimentaire était aux côtés d’un scientifique écologiste. Economiste, agro-biologiste, psychiatre, paléo-antroplogue et prospectiviste étaient à des tables communes et ont apporté leur vision du monde. Là encore il ne s’agit pas d’un coup d’épée dans l’eau car malgré une très petite médiatisation, sans relais des télévisions, il y a eu 12 000 inscrits !
Il semble que les citoyens ont envie de se mobiliser pour agir. Ils cherchent pour le moment le moyen le plus efficace et respectant aussi bien l’homme que la nature.
Le mea culpa du procureur général (30 novembre) qui vient dire devant l’écran tout le regret du barreau, la responsabilité de la justice et la volonté de faire réparation pour les accusés enfin acquittés et face aux incohérences d’une justice qui avait besoin de se remettre en question.
Le début de cette incroyable affaire d’Outreau a eu lieu en novembre 2001, un mois et demi après la chute des twin towers. Epoque où certains rendaient vigilants sur l’importance de prendre en considération les effets d’un tel traumatisme et que probablement les angoisses individuelles et collectives exacerbées risqueraient de s’exprimer de manière inattendue. Ce rebondissement spectaculaire l’illustre bien.
Le jeune juge mandaté sur cette affaire montre, d’un côté l’irresponsabilité de la justice (il en est de même pour l’éducation nationale qui envoie ses jeunes enseignants sur les sites les plus difficiles) n’étant pas vigilante que la complexité des situations ne peut s’envisager qu’avec l’expérience. Et de l’autre les phobies du moment (septembre 2001) qui se sont cristallisées sur l’engouement pour la pédophilie. Chacun pouvant focaliser là ses peurs et trouvant en l’occasion un bouc-émissaire rêvé pour toutes les angoisses réveillées par les attentats et qui ne pouvaient pas trouver de cible concrète pour s’exprimer, pour nous en France notamment.
Aujourd’hui novembre 2005, quatre ans ont passé depuis les attentats du 11 septembre 2001 et il est perceptible que « quelque chose » a changé. Il nous fallu quatre ans pour digérer l’événement et ce qui est notable c’est de voir partout fleurir au fusil des sociologues de tous bords des ouvrages parlant de nouveau paradigme. Le printemps de la renaissance après les frimas de la peur.
Enfin, je voudrais saluer le changement d’attitude des médias, très souvent décriés pour mettre toujours l’accent sur le spectaculaire et le sensationnel car cela se vend bien. Et qui sont le acheteurs ? Nous je crois !
Cette fois-ci les médias ont pris leur responsabilité civique en présentant à plusieurs reprises au journal télévisé de 20h00 le sujet des acquittements, des tords et préjudices causés pour les personnes qui ont vécu ce calvaire à tord pendant quatre ans. En faisant la une de l’acquittement comme précédemment de la mise en accusation, l’utilisation médiatique est alors équitable. Et en mettant l’accent sur les propos des responsables de la justice et du gouvernement annonçant l’erreur de la justice et la volonté de réparer les dégâts.
Il existe là un réel progrès de société en matière de réparation et de volonté de mettre sur le devant de la scène autre chose que des catastrophes, des scandales et des malheurs en tous genres dont on sait que cela renforce nos peurs et nos instincts les plus archaïques.
Lorsque l’on évoque l’audimat comme diktat de ce qui doit passer à l’écran pour que cela marche, il n’est pas difficile de renforcer nos tendances millénaires alors que proposer ce qui nous élève s’adressant à la partie la plus récente de notre cerveau, le néo-cortex cela nécessite un apprentissage bien plus important dont les résultats ne peuvent pas être immédiats.
Toutefois, agir en conscience sur notre imaginaire et sur ce que nous proposons à nos concitoyens peut avoir un effet déterminant sur nos actions.
Et que l’on ne nous dise pas que nous orienterions l’information, car celle qui nous est fournie jusqu’ici est largement choisie, filtrée et partisane.
Ainsi, plutôt que de renforcer la tendance française habituelle de la critique je voudrais saluer ces éléments de civisme, d’humanisme et d’optimisme qui ont marqué ce mois de novembre et qui risquent d’avoir eux aussi une influence sur un nombre croissant d’individus.
Christine Marsan.

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